Compte-rendu de la rencontre avec Medjdoub Chabane, le traducteur en tamazight de « Astérix le Gaulois »

bande dessinée «ASTERIKS agulwa »,Association culturelle « El-Flaye-Savoir et Patrimoine »

Compte-rendu de la rencontre avec Medjdoub Chabane,le traducteur en tamazight de «Astérix le Gaulois »

     Mardi 1er avril 2014, en fin d’après-midi, une rencontre très émouvante a eu lieu à la bibliothèque de notre association avec un jeune lycéen de Tazmalt. Agé de 18  ans, élève en classe de 2 AS, scientifique, Medjdoub Chabane,  caεban at musa, en kabyle, a traduit du français en tamazight l’album «Astérix le Gaulois ».

        Pour le mettre à l’aise, sachant que Chabane est timide, nous avons attendu son arrivée pour disposer les chaises en cercle.

Devant une assistance d’une trentaine de personnes, composée essentiellement d’écoliers et de collégiens, notre jeune invité a d’abord brièvement résumé l’histoire d’Astérix dont il a traduit une toute petite partie, nous précise-il. Il a choisi, pour commencer,  ce personnage parce que, d’une part, il est connu presque dans le monde entier  et d’autre part, il lui rappelle les guerriers de la Numidie, colonisée aussi, comme la Gaule, par les Romains. Il compte traduire, sous forme de bande dessinée également, les personnages historiques berbères tels que Takfarinas et Jugurtha.

Aidé par un professeur de tamazight de son lycée, il a terminé le travail de traduction en un mois. Pourtant, il n’a fait que deux ans de tamazight au primaire. Quand il bute sur un mot, il cherche. Il consulte beaucoup, entre autres, sa grand-mère.

Publiée à compte d’auteur, la bande dessinée «ASTERIKS agulwa », dont il a lui-même assuré la distribution, est disponible dans les librairies d’Akbou, au prix de 250 DA.

Chabane s’intéresse beaucoup à la culture et à la langue amazighes. Pendant la rencontre, il débattait comme un grand avec deux étudiants en tamazight, qui soutiendront leur mémoire de magister prochainement. Il citait Mouloud Mammeri et d’autres. Il nous a appris qu’il a commencé à recueillir, de la bouche de sa grand-mère, des mots berbères qui ont disparu dans l’usage, remplacés par des mots arabes, par exemple.

Dans ses études et dans toutes les matières, notamment en physique et en mathématiques, il va toujours loin dans ses questions. Il ne travaille pas pour les notes, l’avons-nous forcé à avouer devant son père qui l’a accompagné, mais pour apprendre et comprendre. Quand sa curiosité n’est pas satisfaite, notamment  par ses professeurs, il cherche lui-même des réponses à ses questions. Il s’adresse aux enfants qui se plaignent du même problème et leur dit : «J’ai un cahier. Quand j’ai une question, je la note dans ce cahier et je cherche seul ». En même temps, comme une seule personne,  deux collégiens ont vivement réagi en disant : « Très bonne astuce. Je la retiens ».

Curieusement, si cette méthode était conseillée par leur enseignant, elle n’aurait pas peut-être été  entendue. Comme quoi l’éducation passe par l’exemple.

Chabane aime discuter avec tout le monde : ses professeurs avec qui il s’entend bien, d’autres adultes, ses camarades et sa grand-mère. Son souhait est qu’il  y ait des associations où les gens se réuniront pour débattre de tous les sujets.

Son père, avec qui il fait des débats chaque jour, nous avoue : «Pour l’instant, je gère la situation. Mais bientôt, je ne serai plus en mesure de répondre à ses interrogations. Il me dépassera dans peu de temps».

Devant sa soif de savoir et son intérêt pour beaucoup de domaines, nous lui avons conseillé de suivre des études d’anthropologie à l’université car cette filière englobe toutes les sciences.

A nos questions sur son parcours scolaire et ses hobbies, Chabane a gardé le silence. D’après son père, il n’aime pas parler de lui. C’est de son père alors qu’on a appris qu’ayant eu la  meilleure moyenne  des cinq années de primaire, plus de 18, il avait été choisi pour représenter la wilaya de Béjaia à l’APN, à l’occasion de la journée parlementaire pour enfants.  Aussi, il  était champion d’Algérie de handball à l’âge de onze ans. Chabane a plusieurs cordes à son arc. Cette fois-ci, c’est lui-même  qui nous a dit avec plaisir qu’il joue de la guitare et de la flûte.

Pour finir, Chabane donne ce conseil aux enfants : « Il faut avoir des rêves et de la volonté ».

Nous avons vu une lueur et de l’admiration dans les yeux de certains. Nous sommes persuadés qu’il les a marqués à vie. Les bons exemples ne sont pas toujours ailleurs, sous d’autres cieux. Ils  sont là, sous nos yeux. Il suffit de les voir et de les montrer. Et le déclic peut se produire dans la tête de nos enfants.

A son père qui écoutait, debout,  son fils religieusement, affectueusement, qui veille sur lui comme sur la prunelle de ses yeux et  qui lui donne chaque jour le meilleur de lui-même, nous lui disons : « Akthiharz rabi (Que Dieu vous le Protège) ».

 

Le bureau de l’association


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Publié par Samir

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2 Reponses

  1. Très bonne initiative de l’association envers le jeune Chabane, les espaces d’expression décontractés et de proximité manquent tant dans notre paysage. Asterix Agulwa que j’ai feuilleté constitue un très bon départ pour ce jeune lycéen prometteur, qu’il faut encourager. Bravo et bonne route dans ton travail de réappropriation de notre patrimoine linguistique, identitaire et historique. Encore bravo pour l’association qui se distingue encore une fois en organisant une rencontre de qualité, qui a captivé l’attention des écoliers et collégiens (mon fils a beaucoup apprécié).

  2. J’ai beaucoup apprécié la rencontre avec Chabane. Je réalise qu’il m’a motivé. J’espère, dans mon avenir, que je ferai comme lui ou mieux.

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