Entretien avec Youcef ZIREM. Quand la poésie est le sel de la vie

Le semeur d’amour, recueil de Youcef Zirem

Publié le 12 novembre 2012
horizonsdz.com

Pourquoi ce retour à tes premières amours, la poésie ?

La poésie ne me quitte jamais, je ne passe pas une semaine sans lire ou relire les poètes qui m’inspirent, qui me font méditer. Depuis de longues années, j’écris de la poésie presque chaque jour ; j’ai des tas de manuscrits à publier, plus tard. Pour moi, la poésie est le sel de la vie ; c’est ce qui me permet de prendre du recul sur les malheurs de ce monde. Ce recueil, « le Semeur d’amour » était prêt il y a longtemps ; ce sont des textes poétiques parsemés d’aphorismes, tous écrits à Paris. Le retour n’est donc qu’au point de vue de l’édition, car j’ai ressenti le besoin de communiquer avec un petit nombre de lecteurs qui adorent mes petits mots. J’ai donc décidé de faire sortir ma perception de la vie de chaque jour après ces années d’exil et de méditation. J’ai eu aussi la chance d’avoir pour ce livre, sur la une de couverture, une jolie calligraphie d’une femme qui fait une peinture recherchée, Sonya Chiffot, qui habite du côté de Nice.

Tu vis en exil depuis des années, comment cela nourrit-il ta poésie ?

Ma poésie se nourrit de ce que je vis, de ce que je vois ici et là ; l’exil y est présent mais ce n’est pas l’élément essentiel de mes textes qui tentent d’aller à l’essentiel. L’exil est parfois une source d’inspiration mais ce n’est pas souvent le cas. L’exil permet à celui qui est loin de chez lui de relativiser les choses de la vie, il lui permet de rester humble et humain. L’exil est un territoire que partagent, dans bien des cas, les idéalistes et ce qui refusent l’injustice et l’oppression. L’exil impose ses lois ; elles sont souvent douloureuses mais cette douleur arrive à être salvatrice.

Quels sont les thèmes qui t’ont inspiré dans ce recueil ?

Plusieurs thèmes sont présents dans « le Semeur d’amour ». Il y a d’abord l’amour au sens large du terme ; nous en manquons tous ; nous le fuyons souvent. L’amour désintéressé envers l’autre devient une denrée rare et pourtant il est indispensable pour tout un chacun. Avec du recul, je crois que les problèmes de l’Algérie, y compris les problèmes socio-politiques, sont largement dus à notre incapacité à nous aimer les uns les autres. Il est effarant de constater combien nous sommes haineux entre nous ; nous transportons cette haine même à l’étranger. D’autres thèmes parsèment « le Semeur d’amour »  : ce sont la nostalgie, la passion de l’art, le temps qui passe et qui détruit tout sur son passage, l’absurdité de la vie, l’humanisme qui nous donne du bonheur… Parfois, le livre n’est fait que de certaines ambiances qui sont là comme des traces d’un vécu… Ces traces réussissent pourtant à nous faire imaginer un certain espoir…

On dit cette expression délaissée et dédaignée que peut nous dire encore le poète ?

C’est toujours le poète qui nous dit le vrai, le beau, le bon, le merveilleux et surtout l’essentiel. Un seul poème suffit pour rendre une vie éclatante de bonheur. Mais ce n’est pas tout le monde qui sait apprécier un vrai poème. Dommage donc pour ceux qui ne font pas l’effort de saisir la magie de la poésie. Seule la poésie sait défier le temps ; seule la poésie voyage dans le futur. Regardons le passé, voyons l’œuvre de Si Mohand Ou M’hand, un immense poète mort en 1905, quel homme politique de son époque peut-il avoir la même aura aujourd’hui, bien des années plus tard ? Et pourtant, Si Mohand Ou M’hand n’écrivait même pas ses poèmes, il se contentait de les dire !

Sur quel projet es-tu ?

Ma vie n’est faite que d’écritures, de littérature et de ballades ; j’ai beaucoup de manuscrits presque terminés. Les projets ne manquent pas. A la fin du mois de novembre 2012, je publie « l’Histoire de la Kabylie » aux éditions Yoran Embanner. C’est un livre qui s’adresse au grand public, ce n’est pas un travail universitaire. Pendant des mois, j’ai relu notre histoire pour faire une synthèse qui nous puisse nous réconcilier avec notre passé, qui nous incite aussi à regarder d’un autre œil nos ancêtres. « L’Histoire de la Kabylie » aura en couverture de « une », le portrait dessiné de Si Mohand Ou M’hand, fait par le grand dessinateur français, Marc Mosnier. Puis au début du mois de janvier 2013, à l’occasion de ce qu’on appelle la petite rentrée littéraire, je fais sortir un nouveau roman intitulé « L’Homme qui n’avait rien compris » aux éditions Michalon. Ce roman donne la parole à un Parisien, né en Algérie ; cette fiction se veut une chronique des déchirements du monde contemporain, avec des « glissements » historiques se passant en Algérie, en France et en Argentine.

R. H.


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Publié par Samir

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4 Reponses

  1. Alors poésie ou pas ???
    Bonne réflexion et bonne journée

  2. Vas jouer avec tes semblables, marmousin !!!

  3. Je ne joue pas, je suis un homme trop occupé pour cela!

    Heureux l’homme occupé

    Heureux l’homme, occupé de l’éternel destin,
    Qui, tel qu’un voyageur qui part de grand matin,
    Se réveille, l’esprit rempli de rêverie,
    Et, dès l’aube du jour, se met à lire et prie !
    À mesure qu’il lit, le jour vient lentement
    Et se fait dans son âme ainsi qu’au firmament.
    Il voit distinctement, à cette clarté blême,
    Des choses dans sa chambre et d’autres en lui-même ;
    Tout dort dans la maison ; il est seul, il le croit ;
    Et, cependant, fermant leur bouche de leur doigt,
    Derrière lui, tandis que l’extase l’enivre,
    Les anges souriants se penchent sur son livre.

    Victor Hugo

  4. Boualem
    Un minimum de doute et d’humilité ne saurait vous faire du mal .

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