Hommage à Tahar Oudjedi. L’enfant guilleret d’Akfadou

L’évoquer, c’est rappeler la jeunesse d’Avril 80. Accusateur et révolté, il a crié sa rage de vivre, le temps d’une vie courte. Très courte !

Tahar a chanté le malheur d’avoir vingt ans dans un pays où la bêtise prime sur la vertu. C’est un cri de détresse qui s’échappe de la bouche du chanteur. Mais aussi un cri d’espoir traduisant le malaise et l’amertume d’une génération sacrifiée.

Ecouter parler et chanter Tahar Oudjedi, c’était comme s’interroger sur cette société de refoulements, de castrations sociales et politiques. Une société qui a volé aux jeunes, toute espérance.

Son style musical : un chevauchement entre Aït-Menguellet et Ferragui, dans un folklore sentimental.

Rêves inachevés, espoirs brisés devant le silence parlant qui se répand inlassablement, Tahar Oudjedi qui tenait tant à quitter le pays, a réalisé ce vœu qui allait lui être fatal car à peine trois mois après son installation à Lyon (France), il décéda dans des circonstances tragiques, le 8 mars 1991.

Connu pour sa gentillesse, sa bonhommie, sa droiture, sa jovialité mais aussi sa franchise et sa bonté ; son enterrement à Akfadou, son village natal, a drainé une foule extraordinaire, venue rendre hommage à l’artiste.

Né le 12 septembre 1962, Tahar entamera sa très courte carrière d’artiste en 1990 en éditant son premier et dernier album, tiré à dix-mille exemplaires : une cassette qui rencontra un franc succès, composée de six belles chansons:

L’vavor (le bateau)

Arac (les jeunes)

Ta3zizt (la dulcinée)

Taqcict (libellule)

Tassa (les entrailles)

Imazighen (les berbères)

Nous étions encore lycéens-internes en 1978 à Vgayet lorsque Tahar Oudjedi, un ami personnel, nous gratifia dans le dortoir, de ses airs mélodieux à rallumer, à chaque fois, la rage de vivre. Pas une organisation au lycée où il ne prit pas part: troupe théâtrale, équipe de foot, club de cinéma, labo photo, bibliothèque…

Il fut par ailleurs, membre actif du comité de vigilance lors des événements d’Avril 1980.

En 2009, le jeune Yanis Oudjedi, le neveu, a eu la main heureuse, de reprendre le flambeau de l’oncle Tahar.

Si c’est tragique de mourir au printemps, l’artiste, lui, ne meurt pas vraiment.

Tahar Taïbi


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Publié par Samir

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Une Reponse

  1. Tahar Taubi (T.T) rend Hommage à Tahar Oudjedi pour que l’on n’oublie pas ces artistes disparus qui, de leur vivant, ont connu le succès voire la reconnaissance d’un large public et dont on ne parle plus le temps de l’absence venu… comme si les années devaient tout effacer de leur talent…
    L’Oeuvre existe et est à vivre comme un prolongement de l’artiste disparu…
    L’Oeuvre abolit les frontières de l’ici …
    L’Oeuvre est tout à la fois reflet, mémoire, vécu de l’artiste, sa continuité passe par nous…
    Honorer un homme tout autant qu’un artiste, sans jamais oublier le militant qu’il fut…
    merci Tahar Oudjedi , merci Tahar Taibi..

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